Prolégomènes

 

Le cancer du pancréas et moi

 

Le cancer du pancréas est le plus meurtrier de tous, selon les experts. Je fais un pied de nez aux statistiques, moi, Angélique, soixante ans bien sonnés. J’ai ce culot, moi qui avait une jambe prise dans la tombe jusqu’au genou, toujours selon les experts. Lecteur, si vous me trouvez arrogante, vous m’accorderez certainement votre indulgence quand je vous aurai dit que je pétille de vie et d’espoir parce que, contre toute attente, je suis sortie victorieuse du combat contre les infâmes décapodes qui poussaient mes cellules à proliférer dans mes viscères. Oui, j’ai sectionné les pattes de ces crabes tueurs, et je me pavane comme un coq qui vient de mater un adversaire que les parieurs jouaient à 100 contre 1.

Cock_Fight

 

L’image que me renvoie le miroir n’est certes pas celle d’un volatile aux plumes hérissées par l’émotion et les hourras. Mes plumes à moi sont grisonnantes. Quant aux émotions de ces derniers mois, elles étaient liées à la peur du néant, à un état de faiblesse chronique ou à la souffrance physique. Une fois prise la décision de participer à un programme de recherche – en clair, de me transformer en cochon d’Inde – l’angoisse est devenue ma fidèle compagne. Une angoisse tenace, impossible à chasser, parce que j’ignorais les détails précis de l’épreuve à laquelle je me soumettais.

rat brun

 

C’est l’une des raisons qui me pousse à rédiger ces lignes. Tous ceux que le cancer harponne avec ses pinces ont le droit de savoir ce qui les attend. Mes élucubrations sont destinées aux malades, mais aussi aux proches qui soutiennent leur combat contre la maladie. Je ne prétends pas que tous les cancers sont identiques. Je souhaite seulement vous livrer mon expérience, par définition personnelle, et vous raconter mes semaines dans un hôpital que j’avais choisi parce qu’il est l’un des centres de référence dans le domaine de l’oncologie.

Je ne veux pas jouer avec vos nerfs en entretenant le suspense dans le but d’augmenter la fréquentation du blog. Je ne cache donc pas que le traitement a réussi au-delà de toute espérance. Bien entendu, des contrôles réguliers seront nécessaires pour dépister une éventuelle résurgence du mal. Malgré, ou peut-être à cause de cette ombre immuable, le soleil qui éclaire mes jours brille d’un éclat qui tient du miracle.

Pour des raisons évidentes, j’ai modifié les détails concernant les protagonistes et les lieux. Afin d’atténuer l’aridité du sujet, j’ai glissé des fragments purement imaginaires tels que l’amorce d’une intrigue amoureuse.
Je tiens en revanche à souligner que tout ce qui se rapporte au traitement médical proprement dit est rigoureusement exact.

Mon récit est basé sur les notes prises par la personne que les hôpitaux de l’Assistance publique de Paris rangent dans la case « Personne de confiance ».

Angélique

 

angélique