Semaine 3 – Part II


Les effets indésirables de la chimiothérapie

 

 

La chimio peut avoir un impact grave sur l’organisme. C’est pourquoi nous étions repartis de Beffroi avec une ordonnance à rallonges.

Keith avait voulu que je me repose et s’est rendu seul à la pharmacie. Il en revient avec le feu de l’indignation sur les joues. Il me raconte que le pharmacien qui l’a servi a manifesté une extrême surprise en constatant que l’hôpital avait prescrit du Primpéran en même temps que du Modopar, deux spécialités qui ne doivent pas être associées. Le pharmacien a tenu un bref conciliabule avec sa collègue puis, ensemble, ils ont alerté Keith.

caducée pharmacie Hermes

Comme je reste allongée sur le sofa sans réagir, il insiste :

– Une contre-indication majeure. Majeure, Angélique ! Le pharmacien l’a répété trois ou quatre fois !

– Ce n’est pas grave. Je ne prendrai pas de Primpéran.

– Si vous avez des nausées, vous sucerez un peu de gingembre confit, n’est-ce pas ? J’en ai trouvé chez votre marchand de fruits préféré. Je l’ai rangé dans la cuisine avec vos conserves. Quand je viendrai demain, j’apporterai du gingembre frais pour vous faire des tisanes. C’est souverain contre les nausées.

– Ok. Vous voyez, il n’y a pas de problème. Pourquoi êtes-vous si furibond, Keith ?

– Parce que je mesure ce qui a été évité. Imaginez que le pharmacien n’ait plus pensé à votre autre traitement. Et que vous ayez été prise de nausées, vous auriez avalé ce Primpéran… vous vous rendez compte de ce qui se serait passé ? Pompiers, et direction Beffroi, services des urgences. À coup sûr !

– Vous avez raison en théorie, mais je n’ai pas été prise de nausées, et il n’y a eu aucune catastrophe.

– C’est vrai. C’est un gigantesque coup de bol et une précieuse leçon. Il ne faut jamais faire confiance aveuglément. Désormais, nous vérifierons tout par nous-mêmes.

– Ok. En attendant, que diriez-vous d’un petit apéritif ?

– Volontiers, répond Keith, si vous me laissez d’abord préparer vos médicaments pour ce soir et pour demain… Dans quoi est-ce que je pourrais les mettre ?

Je lui donne des coupelles en argent ciselé dénichées chez un artisan khmer lors d’une mission au Cambodge. Keith découpe des rectangles de papier sur lesquels il inscrit matin, midi, soir, et, les yeux rivés sur l’ordonnance, entreprend de répartir gélules, comprimés, et dragées multicolores dans les coupelles.
Moi, je m’occupe de déboucher une bouteille de Pessac-Léognan, Château de Rochemorin 2010.

Tchin santé

 

Une nouvelle routine s’institue autour de la séance hebdomadaire de Gemcitabine. Le matin, Monsieur Damour, infirmier diplômé d’État, vient pour changer mes pansements et faire une piqûre d’Innohep, un anticoagulant destiné à prévenir une thrombose. Je me promène ensuite une grande heure puisque, d’une manière générale, la marche est recommandée. Je vais chercher le journal, que je lis devant un grand crème dans mon troquet favori. Et si le ciel est bleu, je fais du lèche-vitrines, à l’affût d’objets originaux que des designers talentueux auraient créés.

Keith déjeune avec moi presque tous les jours, quand ni lui ni moi ne sommes pris par ailleurs. Nous allons dans le petit bistrot italien ou dans l’un des restaurants qui abondent dans mon quartier. Comme j’habite près du Jardin des plantes, nous avons l’embarras du choix entre toutes les cuisines du monde. Je le soupçonne d’épier ce que je mange car, à deux reprises, il avait fait allusion à ce qu’il appelle mon appétit de moineau sur un ton trop faussement détaché.

Il est arrivé une après-midi avec un panier de victuailles et nous a mitonné un plat de poisson à la mode de son pays, avec du lait de coco, de l’ail, des feuilles de combawa, et d’autres épices dont j’ignore le nom. Un régal !

Amok cropped


La Gemcitabine contre le cancer et contre moi

J+1, J+2, J+3.

Grande fatigue. Pourtant je dors et je mange plutôt bien. Une douleur bizarre est apparue le long de la cuisse gauche. Elle n’est pas suffisamment intense pour m’empêcher de vaquer à mes occupations habituelles : marcher jusqu’au kiosque à journaux, flâner dans la roseraie du Jardin des plantes, acheter les fruits qui me tentent. Pas de maux de tête, ni de nausées ni de vomissements. Pas de frissons de fièvre, ni aucun des contrecoups annoncés. Seulement une espèce de léthargie qui ralentit mes gestes et mon raisonnement. Dans l’ensemble, je réagis plutôt bien à la chimio.

J+4, J+5

Mon énergie revient progressivement. Je suppose que c’est parce que les effets de la Gemcitabine s’estompent.

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Alors que je commence à me sentir nettement mieux, je dois me préparer mentalement pour une nouvelle consultation à l’hôpital, et une nouvelle séance de Gemcitabine.
En plus des soins habituels, Monsieur Damour me fait une prise de sang et l’apporte au labo voisin. Le bilan sanguin est faxé à Beffroi, qui décidera demain si je peux recevoir ma perfusion.

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